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retour chez les paysans d’auvergne
- Publié le 3 septembre 2008
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Retour chez les paysans d’auvergne Voici un article qui relate les dernières tribulations dans le village de Teilhet en Auvergne. Peut-être vous rappelez-vous, au mois d’avril, d’un appel a souscription intitulé « Ils tuent mes chèvres pour m’abattre ! », voici la suite.

Je suis sur la terrasse en bois, face à l’étang troublé ponctuellement par les sauts de carpes, à me repaître des derniers rayons de soleil de cette fin d’après-midi en cette fin d’été ; je laisse mes neurones vagabonder dans les méandres de réflexions complexes et tout à coup je me dis que je vais peut-être arrêter de lire des romans noirs et autres polars tant ces lectures, que j’affectionne pourtant, ne m’aident en rien à trouver des solutions réconfortantes dans cette situation. Je suis chez mon pote Jean Hugues, à St Gervais d’Auvergne. Si vous êtes des lecteurs assidus de cette feuille, vous vous souvenez sans doute de la souscription que nous avions passé en avril et qui relatait les difficultés d’installation de Jean Hugues dans la commune de Teilhet, dans les Combrailles, en Auvergne. Petit retour en arrière, avant de relater les derniers événements et livrer quelques réflexions qui en sont issues. Jean Hugues débarque en 2006 à St Gervais d’Auvergne, et démarre un petit troupeau de chèvres en installation hors norme sur un terrain de huit hectares qu’il commence à défricher. L’année suivante, Georges Message, un agriculteur se rapprochant de la retraite et voulant transmettre son exploitation sise sur la commune voisine de Teilhet, sympathise avec Jean Hugues et lui propose sa ferme, que Jean Hugues commence à reprendre, pour moitié dans un premier temps, dès janvier 2008. Mais on ne s’installe pas impunément dans notre beau pays, surtout quand on n’est pas du coin, même si on a toute l’aptitude requise, dûment certifiée par l’école d’agriculture de Marmilhat et un projet viable. Dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2008, un commando, composé sans doute de trois ou quatre personnes, tue les chèvres au pistolet d’abattage(1) sur le terrain à St Gervais. Ce commando laisse une unique revendication en forme de graffiti sur l’habitation de Jean Hugues : « La Boge (la ferme de Message, NDA) aux paysans, va-t-en !. » On ne saurait être plus explicite. Le commando est très certainement composé de personnes connaissant très bien le monde de l’élevage, vu que ce ne sont que les bêtes en lactation, à la veille du début de la fromagerie, qui ont été abattues. Plus de chèvres, plus de lait. Plus de lait, plus de fromage. Plus de fromage, plus de rentrée d’argent. C’est à cette occasion que nous avions lancé la souscription, qui fort heureusement à porter ses fruits ; comme quoi la générosité et la solidarité sont des valeurs qui existent encore. Jean Hugues n’est pas parti de Teilhet. On pensait que cette histoire de cupidité, de jalousie et de stupidité se tassait. L’été a permis de faire 80 tonnes de foin, 10 tonnes de grains, les brebis et les chèvres- d’un nouveau troupeau - profitaient de ces terres fertiles. Dans la nuit du 8 au 9 août, après une longue journée de foin, un incendie criminel a détruit un abri avec quelques bottes de foin et a failli réduire en cendre la voiture. Ce feu de joie venait après une campagne systématique de dénigrement sur la commune de Teilhet, avec des rumeurs aussi stupides que fantaisistes (que c’était Jean Hugues qui avait buté ses chèvres ou qu’il était le fils caché de Message), mais aussi une campagne d’intimidation faisant preuve d’une certaine imagination : vol de matériel, ouverture des clôtures, fer à béton dans les prairies de fauche, rat crevé dans la boîte à gant, et j’en oublie sûrement. Dernier acte en date, et pas des moindres : une lettre anonyme, déposée sur son tracteur, et découverte le 22août. En forme de cercueil, cette lettre sommait Jean Hugues de remettre les terres à la SAFER avant le 1er décembre, sinon Message serait exécuté, la fille de Jean Hugues aussi, après avoir été violée. La compagne de Jean Hugues serait violée aussi. Et, bien évidemment, pas un mot aux flics ou la mère y passe. Je suis monté, un peu en catastrophe, en Auvergne après l’incendie, histoire de voir ce qui était possible de faire dans un tel western. Après la lettre, on a décidé de médiatiser l’affaire. Nous avons décidé de nous adresser aux auteurs de ces forfaits, même si nous ne savons pas encore qui c’est, par les médias qu’ils regardent, histoire de desserrer l’étau et pouvoir respirer un peu. D’où des rencontres avec tous les grands noms de la presse que par ailleurs nous ne portons pas dans notre cœur. C’est hallucinant de voir comment le côté fait-divers a déclenché rapidement une (petite) spirale médiatique. Heureusement, ça ne va pas durer. Un feu de paille, si je peux me permettre… Comment en est-on arrivé là ? Comment en est-on arrivé à espérer que les flics fassent leur boulot ?(2) Comment en est-on arrivé à traiter avec des institutions qu’habituellement nous combattons plutôt ? Une des réponses, c’est que nous avons refusé l’escalade. En effet, les cocktails Molotov ou autres, ce n’est pas difficile et on sait faire. Mais nous estimions que si nous faisions un acte délictueux, le premier à en pâtir serait celui qui est déjà victime. Car il ne fait pas de doute que les flics auraient été plus tendus contre un p’tit jeune pas du coin que contre des petits barons locaux. D’ailleurs la gendarmerie l’avait dit explicitement au moment de la tuerie des chèvres : « Il n’y aura pas de vengeance sur mon territoire. » (sic) Après la ou les réponses sont peut-être à chercher ailleurs. Pourquoi les personnes, des agriculteurs voulant les terres de la ferme Message, ayant perpétré ces actes ont senti qu’ils pouvaient le faire impunément ? En dehors du fait-divers, aussi usant que peu intéressant, toute cette histoire prend racine dans l’ambiance actuelle du monde agricole et aux choix de société qu’impose les différentes pratiques agricoles. Pourquoi Jean Hugues n’a pu faire son stage six mois(3) sur la ferme Message ou même dans le coin ? Parce que Message est un « arriéré » et Jean Hugues un « marginal » comme l’a dit la Chambre d’agriculture ? Pourquoi la Chambre compréhensive après l’histoire des chèvres, lui a-t-elle dit que son exploitation n’était plus viable, car les rentrées prévues (les fromages de chèvres impossible à faire) n’existaient plus ? (Dans sa grande bonté, la Chambre a réduit le montant à trouver de 20.000 euros à 15.000, ces 15.000 faisaient l’objet de la souscription.) Pourquoi quand Jean Hugues présentait un projet d’une ferme bio, en diversification et avec des chèvres, la Chambre, trois fois de suite, revenait avec un projet conventionnel en vache ? Je n’ose penser, surtout pour éviter un procès en diffamation, que c’est parce que le mari de la directrice de la Chambre est un ponte de la FNSEA. Pourquoi la mairie de Teilhet se mure dans une attitude aussi stupide que néfaste ? En effet, le maire était en vacances à Port-leucate (je suppose qu’il n’y a aucun lien avec l’université d’été de la LCR…) au moment de l’incendie et de la lettre. J’ai assisté à une conversation téléphonique avec lui. Il refuse « de prendre partie. » Il refuse donc de se mettre du côté de la victime contre les coupables. Il menace de diffamation toute personne disant qu’il couvre des gens de Teilhet. Pourquoi déclarer ceci, il n’en a jamais été question ? Dans La Montagne du 29/08, il déclare : « Rien ne prouve que les auteurs de ces actes ignobles sont des agriculteurs, rien ne prouve qu’ils sont de Teilhet » même si la convoitise des terres sises sur la commune de Teilhet ne fait aucun doute. Et quand on lui rappelle que la commune de St Gervais s’est portée partie civile aux côtés de Jean Hugues, il botte en touche en déclarant qu’aucun acte n’a été commis à Teilhet. (re-sic). Pour la petite histoire, monsieur Duverger, le maire donc, a été exclu du PS. A priori ceci le rendrait plutôt sympathique, sauf que la raison a été ses connivences, accords avec la droite locale… Même l’ambiance délétère sur sa commune, même l’arrivée des journalistes ne l’ont pas fait descendre de sa planche à voile pour revenir voir ses administrés, ou pour le moins donner des directives claires a ses adjoints. Il vient de sortir de sa réserve, avec une déclaration à La Montagne en date du 29/08/08. Je ne comprends pas sa position, mais je ne suis pas un politique, ça doit être pour ça. Il se déclare, bien évidemment solidaire de Jean Hugues, que c’est inadmissible, et patati, et patata. Il omet de dire que depuis l’histoire des chèvres il n’est passé qu’une seule et unique fois voir Jean Hugues. Il ajoute qu’il se méfie des « Sherlock Holmes en herbe qui accusent sans preuve et risquent, a tort, de jeter le discrédit sur des familles entières » Il parle de qui à propos des Sherlock Holmes, des accusations portées sur quelles familles ? C’est comme le 1er adjoint, Monsieur Peyrroni, répondant à TF1 que « des familles ont été blessées d’avoir été soupçonnées ». Par qui ont-elles été soupçonnées ? Rien n’est jamais sorti officiellement, et à part les rumeurs inévitables dans un village, personne n’a jamais rien dit. Il parle de qui et de quoi ce 1er adjoint ? Pourquoi dans notre beau pays, est-il extrêmement difficile de s’installer hors-cadre familial, et plus encore en non-conventionnel ? Pourquoi le foncier est-il aussi difficile d’accès ? Pourquoi le monde paysan creuse-t-il ainsi sa tombe, en souhaitant qu’à terme, avec la concentration des terres, il n’y est plus qu’un paysan par commune ? Ca va pas être facile d’avoir une vie sociale dans les villages avec un paysan, un couple en télétravail et quelques résidences secondaires… Sans compter le vieillissement de la population et du coup le dépérissement des villages. Dans cette histoire, il y a aussi la xénophobie ambiante. Jean Hugues est un estranger, il vient des Hautes Alpes. Ce point est la porte ouverte à toutes les rumeurs : « J’le connais pas, mais j’ai entendu dire que… » Bonjour l’accueil, l’ouverture d’esprit, la volonté de rencontre et l’envie de découverte. Je tiens à préciser aussi certaines particularité de Teilhet, cette commune un peu bizarre : il y réside un administrateur de la caisse régional du Crédit Agricole qui par ailleurs est aussi un technicien SAFER. Donc c’est la même personne qui valide la cession des terres en acceptant ou pas les crédits alloués Si je vois un lien de cause à effet entre la biodiversité des habitants de Teilhet et ce qui arrive à mon pote, je prends un procès, néanmoins je ne pense pas que le Crédit Agricole soit ultra fan des projets en diversifications bio et vente directe, et la SAFER, c’est la SAFER quoi ! Je ne sais pas qui à perpétrer ces actes, et à part un côté de punition vengeresse, je m’en fous un peu. Ce que je sais c’est que ce fait-divers n’en est pas un, il est le symptôme d’une maladie de notre époque dans le monde agricole. Car ce qui est sûr, c’est que ce sont des agriculteurs de cette commune, et plutôt des gros, qui ont fait le coup. C’est des gens qui croyaient en leur impunité. Et ça, c’est l’ambiance de notre époque, pimenté par le particularisme local, qui le génère. Un ami 1 Pistolet à air comprimé, soumis à déclaration en préfecture et n’étant en possession que de personnes ayant à faire avec l’abattage de bêtes d’élevage. 2 A ce jour, trois plaintes pour les différentes histoires ont été déposées, avec en plus deux en diffamation… 3 Pour valider la formation agricole, il est nécessaire de faire un stage appelé stage 6 mois.




Les commentaires liés à cet article :

retour chez les paysans d’auvergne
, le 12/09/2008 à 05h51

Des nouvelles depuis la vague de médiatisation de cette affaire ?



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